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Les sculptures d’Henri Hadida : de glaise, de bronze et de grâce.
 

 

 

 

Au commencement était la glaise. Chaos originel infiniment docile aux moindres méandres des doigts sinuant dans la boue.

Puis vint la forme : l’esprit guidant la main, la main menant l’idée, massant la masse d’argile. A son tour, la matière suggère au modeleur tel mouvement, comme la terre dirige le cours d’un fleuve selon les reliefs qui prennent vie et se suscitent l’un l’autre dans une dynamique qui arrache sa liberté aux efforts de la volonté qui la dresse. Humble Prométhée aux prémices de la création. Lutte universelle entre souffle et matière, entre forme et inertie, entre grâce et pesanteur.

 

Sculpture entre danse et lutte. L’art de la terre comme art de la guerre, mais un art martial dont l’énergie construirait au lieu de détruire. Un duo d’harmonie où l’art et la terre ne font qu’un, mais un combat pour arracher à la résistance de la pierre la forme qu’elle recèle mieux que le plus défendu des temples aztèques.  Pour que la silhouette voulue parvienne à l’air, il faut l’arracher à la terre. Pour que la forme trouve la lumière, il faut griffer la pierre, dompter la pierre fauve pour délivrer la forme en proie au roc obscur.

 

Une danse de séduction entre la beauté entrevue des volumes et la dureté qui pèse.

Sous les doigts du sculpteur qui arpentent la pierre, comme aux pieds de l’alpiniste sur son glacier, les veines envoûtantes du marbre s’avèrent parfois de traîtresses failles qui éclatent sous un coup de burin trop osé. Et l’esquisse retourne au chaos.

Tout bloc de marbre est un tombeau d’où il faut ressusciter la statue prisonnière du bloc massif. Que la figure désirée revienne d’entre les morts, d’entre les morceaux de minéral brut. Que l’organique triomphe de l’inerte.

Un art des contrastes que la statuaire cristallise avec plus d’acuité que tout autre : un volume figé qui donne à voir le mouvement ; une grâce en apesanteur offerte à la masse la plus dense ; l’illusion de l’aisance née d’un labeur ardu sur la matière qui s’oppose.

           

Telle est la sculpture. Telles sont en tous cas celles d’Henri Hadida dont l’œuvre finale en rien n’abolit le mouvement qui l’a créée, qu’elle a créé.

Une éternité immobile qui n’est pourtant que le passage entre le geste créateur et le mouvement restitué de la créature imaginée. Un fluide de pierre qui réussit là où la lave échoue, qui transmet la douceur là où le volcan ne sait que brûler. Pourtant ces bronzes ont bien subi l’épreuve du feu, dans les creusets aux couleurs dantesques d’un vert et bleu qui fascine comme au seuil des enfers, et passe en une seconde du rouge en four à l’or en moule.

 

C’est ce qu’on perçoit dans ces œuvres : par-delà la résistance de la matière qui impose sa loi d’airain et ne se plie qu’aux gestes qui la choient ; par-delà la violence de ces naissances minérales, la douceur apaisée de ces statues étonnées de voir le jour. Une humilité dans les thèmes choisies, loin de la perpétuelle et lassante volonté contemporaine de révolutionner, de déconstruire, de choquer, de heurter, de bousculer pour se faire voir là où l’on ne donne rien. Trop souvent aujourd’hui, l’art arrache un regard au passant, malgré lui, l’agressant par ses formes et ses couleurs, l’attirant pour mieux le repousser.

Au contraire, Henri Hadida ne cherche pas à s’imposer. Il accepte, humblement, la comparaison avec la statuaire antique. Et cet hommage à la beauté intemporelle de l’homme et du monde est comme la bénédiction d’un sourire bienfaisant.

Anne Paulerville

 

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